Voici le texte intégral de l'allocution prononcé par le Premier ministre chinois Zhu Rongji, sous le titre « Renforçons l'union et la coopération pour réaliser un développement commun », à la cérémonie de clôture du Forum sur la Coopération sino-africaine--conférence ministérielle 2000 Beijing", tenue le 12 octobre 2000:
Excellence, Monsieur le Président Abdelaziz Bouteflika,
Excellence, Monsieur Salim Ahamed Salim,
Excellences, Mesdames et Messieurs les Ministres,
Honorables Invités et Chers Amis,
Mesdames et Messieurs,
Le "Forum sur la Coopération sino-africaine--Conférence ministérielle 2000 Beijing", qui a duré trois jours, s'est couronné, grâce aux efforts conjugués de vous tous, d'un plein succès. Je tiens à adresser, au nom du gouvernement chinois, mes chaleureuses félicitations à la Conférence, avec l'expression de ma sincère gratitude aux personnalités des divers milieux qui y ont pris une part active et prêté un soutien agissant.
Ce forum aura été un grand évènement sans précédent dans les annales des relations sino-africaines. A cette occasion, les ministres, venus de plus de 40 pays africains, et les autres honorables participants, délégués par près de 20 organisations régionales, ont mené, avec leurs homologues chinois, des consultations sur un pied d'égalité, qui leur ont permis d'échanger amplement leurs vues sur les importants problèmes internationaux d'intérêt commun et la plate-forme stratégique de la coopération sino-africaine. La "Déclaration de Beijing" et le "Programme de Coopération sino-africaine en matière de développement économique et social", qui seront adoptés au forum, brossent un impressionnant tableau général de la future coopération sino-africaine. Celle-ci, sous l'impulsion des deux documents, entrera donc dans une nouvelle phase de développement sur tous les plans. Sans aucun doute, notre forum s'inscrira comme un jalon important, une page glorieuse, dans les annales de l'amitié et de la coopération sino-africaines.
L'Humanité s'apprête à accueillir une ère nouvelle. Aussi est-il plus urgent et plus important que jamais d'intensifier la coopération sino-africaine dans tous ses aspects.
La coopération économique et commerciale est une composante essentielle de la coopération sino-africaine. Les deux parties ont intérêt à renforcer leur coopération économique et commerciale, ce qui permet de mettre pleinement en valeur leurs atouts respectifs, d'accélérer leur développement économique, de les sortir de l'état de pauvreté et de sous-développement, et d'apporter le bonheur à leurs peuples. Ce faisant, elles sauront rehausser leur compétitivité sur le plan international, accroître leur capacité de prévention des risques, mieux participer au processus de mondialisation économique et défendre leurs intérêts ainsi que leur sécurité en matière économique. En agissant de la sorte, elles favoriseront l'approfondissement et l'extension de la coopération Sud-Sud, l'amélioration de la position des pays en développement dans le dialogue Nord-Sud, ainsi que la promotion de l'instauration d'un nouvel ordre politique et économique international juste et rationnel. Bref, renforcer davantage la coopération économique et commerciale entre la Chine et l'Afrique, c'est un souhait unanime de leurs peuples, un impératif logique de l'évolution de l'histoire, un appel vibrant de notre temps qui poursuit son cours en avant.
La coopération économique et commerciale sino-africaine a devant elle de vastes perspectives. L'Afrique, aux peuples travailleurs et ingénieux, abonde en ressources naturelles, représente un marché immense et renferme d'énormes potentialités de développement. La Chine, quant à elle, a un potentiel économique considérable et des débouchés très prometteurs pour les échanges commerciaux. Beaucoup de marchandises, de pratiques de gestion et de techniques de production chinoises répondent largement aux besoins des pays africains. Il est à noter en particulier que la coopération économique et commerciale sino-africaine repose sur une base politique solide. Comme nous appartenons tous à la famille des pays en développement, nos intérêts et nos impératifs s'identifient. Depuis plusieurs générations, nos dirigeants entretiennent des liens d'échanges, laissant des traces distinctes sur le chemin de l'amitié et de la coopération, et les peuples chinois et africains, avec courage, luttent côte à côte, y dressant une série de monuments majestueux.
Depuis des décennies, notamment depuis le début des années 90, la coopération économique et commerciale sino-africaine s'étend progressivement dans divers domaines, s'enrichit toujours plus substantiellement et s'effectue sous des formes sans cesse rénovées. Nous avons d'ores et déjà accumulé beaucoup d'expériences précieuses en la matière. J'ai la certitude que la coopération économique et commerciale sino-africaine donnera des fruits encore plus abondants, pourvu que nous nous complétions mutuellement et conjuguions nos efforts.
L'arrivée d'un siècle nouveau nous commande de créer activement une nouvelle situation dans la coopération économique et commerciale sino-africaine. Nous devons suivre le cours de notre temps, observer les principes dits "égalité et avantages réciproques, formes diversifiées, efficacité privilégiée et développement commun", avancer des idées nouvelles, ouvrir des horizons nouveaux, respecter fermement le rôle régulateur du marché et celui des entreprises comme principaux agents, et coordonner les efforts de celles-ci avec l'action de l'administration, tout cela pour améliorer sans cesse la qualité et le niveau de cette coopération. Dans l'immédiat, il nous faut adopter des mesures effectives et des dispositions concrètes de nature à matérialiser le consensus réalisé lors de ce forum.
1. continuer d'accroître l'import-export. Au fil des années, les échanges commerciaux sino-africains ont enregistré une expansion régulière, mais leur volume actuel est encore insuffisant, à l'envisager dans l'ensemble. Il faut que les deux parties ouvrent davantage les marchés de leurs pays respectifs, éliminent les barrières tant douanières que non douanières et s'accordent mutuellement de meilleurs conditions d'accès. En vue d'assurer l'équilibre de la balance commerciale entre la Chine et l'Afrique, le gouvernement chinois est disposé à inciter les entreprises chinoises à importer en priorité des produits africains en fonction des demandes du marché et sous réserve des mêmes conditions proposées.
2. Promouvoir vigoureusement la coopération en matière d'investissement. La partie chinoise débloquera des fonds spéciaux et prendra d'autres mesures d'encouragement propres à soutenir les investissements en Afrique des entreprises crédibles et performantes de Chine, pour y réaliser, dans le cadre de leurs activités transnationales, des projets assurés des débouchés et prometteurs du point de vue de la rentabilité, par divers moyens, comme commerce de sous-traitance et mise en valeur des ressources. Parallèlement, la partie chinoise souhaite du fond du coeur que les entreprises africaines viennent aussi investir et développer leurs affaires en Chine. Il convient pour chacune des deux parties de veiller à créer un environnement d'investissement favorable. De plus, la partie chinoise continuera de renforcer et d'améliorer sa coopération avec la partie africaine dans la réalisation des projets de travaux publics; elle s'associera à la construction économique et à la mise en oeuvre des projets de développement des pays africains, en adoptant différentes formules, telles que la prise en charge forfaitaire des projets et la coopération technique, gestionnaire ou en matière de prestation de main-d'oeuvre.
3. Renforcer et perfectionner l'assistance. La Chine n'assortit son aide à l'Afrique d'aucune condition politique, ni ne recherche par-là aucun privilège politique. Elle continuera d'octroyer, dans la mesure de ses moyens, son assistance aux pays africains sous des formes multiples, comme aide sans contrepartie, prêt préférentiel ou crédit sans intérêts, à travers la coopération en matière technique ou de réalisation des projets. Par ailleurs, avec l'approfondissement de la réforme des modalités de son assistance à l'étranger et l'accroissement de sa puissance économique, la Chine assouplira davantage ses conditions d'octroi des prêts préférentiels et perfectionnera le mécanisme de son assistance à l'Afrique dans la nouvelle conjoncture, de sorte que cette assistance réponde mieux aux besoins de développement de l'Afrique. Dans ses efforts pour augmenter et parfaire son assistance, la chine espère également bénéficier, de la part des pays africains, d'une collaboration active permettant de la rendre plus fructueuse sur les plans tant économique que social.
4. Etendre la coopération dans divers domaines. Il faut élargir sans cesse la coopération sino-africaine dans les domaines de l'agriculture, des transports, de soins médicaux, de la santé, de la mise en valeur des ressources naturelles... Il y a lieu également d'intensifier la coopération en matière de finance et de technologies de l'information. Il importe surtout d'approfondir la coopération concernant la mise en valeur des ressources humaines, les sciences, les technologies et l'éducation. La Chine va créer un "fonds de mise en valeur des ressources humaines en Afrique", destiné spécialement à aider les pays africains à former leur personnel qualifié dans divers secteurs d'activité. De plus, il convient de renforcer la coopération et la concertation entre la Chine et l'Afrique dans les enceintes multilatérales et les institutions régionales pour mieux défendre leurs intérêts.
5. Oeuvrer de concert au règlement du problème de l'endettement de l'Afrique. La Chine, un pays en développement et débiteur net, comprend bien la préoccupation des pays africains face au problème de l'endettement et exprime toute sa sympathie à cet égard. Alléger et annuler des dettes africaines, c'est là non seulement une action que la communauté internationale se doit d'entreprendre dans le cadre de ses responsabilités et obligations en la matière, mais aussi l'une des conditions requises pour apporter à l'humanité une prospérité partagée et un progrès commun au nouveau siècle. Quoi que les dettes africaines envers la Chine ne constituent nullement le gros de l'endettement de l'Afrique, nous sommes disposés à faire tout notre possible pour l'allégement de ces dettes. Nous appliquerons avec sérieux les mesures annoncées lors de ce forum quant à la réduction et l'abolition des dettes africaines et appellerons encore les principaux pays et institutions créanciers à traduire le plus rapidement possible leurs engagements en actes concrets dans le sens du règlement de ce problème.
Nous venons de célébrer le 51ème anniversaire de la Chine nouvelle. Au cours de ces 51 années, surtout depuis le lancement de la politique de réforme et d'ouverture voici plus de 20 ans, la physionomie de la Chine a énormément changé. Comme la pratique nous l'enseigne, suivre avec résolution la voie du socialisme à la chinoise est l'unique bon choix pour rendre la Chine prospère et puissante. Nous poursuivrons donc nos efforts inlassables en vue de gagner en puissance. A la Cinquième session plénière du Comité central issu de son XVème Congrès, clôturée hier, le Parti communiste chinois a adopté Xème Plan quinquennal du Développement économique et du Progrès social". Ce document a défini les dispositions à prendre pour la réforme, l'ouverture et la modernisation de la Chine dans les Cinq ans à venir. Tout au long du nouveau siècle, la Chine, ayant pris un nouveau point de départ, s'attachera à sa construction économique sur une plus grande échelle et poursuivra de façon plus poussée sa réforme et élargira davantage son ouverture. Plein de dynamisme, prospère et développée, elle apportera non seulement un bien-être plus significatif aux centaines de millions de chinois, mais encore favorisera davantage le développement continu de sa coopération économique et commerciale ainsi que de ses échanges amicaux avec les pays africains.
Un proverbe chinois dit:"c'est au cours d'un long trajet que s'éprouve la force d'un coursier, et avec le temps qu'on connaît le coeur d'un homme". Durant les cinq dernières décennies, la coopération sino-africaine, malgré tous les aléas de la situation internationale, a connu un développement régulier dans les domaines politique, économique, culturel et autres, tandis que l'amitié entre les peuples chinois et africains s'est approfondie sans cesse. Dans le nouveau contexte, la Chine et l'Afrique, en resserrant leur union et leur coopération, en réalisant un développement commun, sauront sûrement apporter une plus grande contribution à la noble cause de la paix et du progrès dans le monde.