Voici le texte intégral de l'intervention prononcée par le Ministre chinois des Affaires étrangères Tang Jiaxuan, souts titre « Nouvelle situation, nouveaux défis », à l'occasion de la Séance plénière, tenue le 10 octobre 2000:
Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres,
Honorables Invités venant des Organisations Internationales et régionales,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Tout d'abord, permettez-moi d'exprimer, au nom du gouvernement chinois, de sa délégation et au mien propre, mes souhaits de bienvenue les plus sincères et les plus chaleureux aux représentants des divers pays d'Afrique, aux honorables invités venant des organisations internationales et régionales ainsi qu'à nos amis du monde industriel et de la presse présents au Forum sur la Coopération sino-africaine -- Conférence ministérielle 2000 Beijing.
Aujourd'hui, nous nous trouvons réunis à Beijing pour discuter de la plate-forme de notre coopération, ce qui constitue non seulement une grande première dans les annales des relations sino-africaines, mais revêt aussi une haute signification pour la promotion de ces relations au siècle qui approche. Comme pays hôte, la Chine a l'insigne honneur d'organiser, à la charnière de deux siècles, ce Forum. Je voudrais saisir l'occasion qui m'est offerte ici pour remercier, du fond du coeur, les pays africains amis de leur soutien énergique et de leur participation active à cette rencontre.
Mesdames et Messieurs,
Le Forum sur la Coopération sino-africaine s'ouvre au moment où l'humanité va franchir le seuil d'un siècle nouveau, dans un monde en mutations profondes et complexes. La situation internationale tend dans son ensemble à la détente, tandis que le mouvement vers la multipolarité progresse d'une manière irrésistible. Avec les avancées fulgurantes des sciences et technologies ainsi que l'économie de la connaissance en pleine expansion, la mondialisation économique s'accélère sensiblement.
Grâce aux efforts conjugués des peuples du monde, nous allons à la rencontre d'un avenir radieux, hautement prometteur, marqué par la civilisation et le progrès.
Pourtant, on est loin de pouvoir célébrer, partout dans le monde, la paix par des chants et danses, ceci à cause de la persistance d'éléments qui menacent la paix et entravent le développement. L'ingérence dans les affaires intérieures d'autrui, notamment des pays en développement, s'avère fréquente, et les conflits locaux d'ordre ethnique, religieux, territorial... sont plus nombreux. Le système économique international, tombé en désuétude, reste inchangé. La mondialisation se révèle incapable de profiter à la planète tout entière, tandis que le fossé entre le Nord riche et le Sud pauvre ne cesse de se creuser.
La situation actuelle apporte des chances, en même temps qu'elle lance des défis aux pays en développement en général, à la Chine et à l'Afrique en particulier. Intensifier la solidarité, promouvoir la coopération, chercher le bien en écartant le mal et relever les défis, voilà le choix qui s'impose aux pays en développement en quête de progrès au nouveau siècle. La farouche détermination affichée par les pays en développement en défendant, au sein des Nations Unies, le principe de l'inviolabilité de la souveraineté d'Etat, la ferme exigence formulée au Sommet du Sud tenu à Cuba en faveur de l'égalité dans les relations Nord-Sud, de même que les efforts vigoureux déployés par les pays africains en vue de la construction d'une Union africaine concourent à prouver ceci : Les pays en développement représentent toujours des facteurs positifs du genre humain; ils n'arriveront à changer radicalement leur situation défavorable qu'en comptant sur leurs propres forces, et ils sauront certainement contribuer, pourvu qu'ils renforcent leur solidarité et leur coopération, à l'instauration au plus tôt d'un nouvel ordre politique et économique international qui soit juste et rationnel.
La Chine et l'Afrique sont des membres importants de la famille des pays en développement. Au cours de leurs échanges amicaux d'un demi-siècle, soit depuis la proclamation de la Chine nouvelle, les deux parties se sont toujours prêté sympathie et soutien. Le gouvernement et le peuple chinois n'oublieront jamais l'appui précieux accordé par les pays africaines amis dans de nombreuses enceintes internationales, comme par exemple pour rétablir la Chine dans son siège légitime aux Nations Unies; et ils garderont toujours en mémoire les exploits impérissables accomplis par les dirigeants vétérans des précédentes générations des deux côtés en cultivant et raffermissant l'amitié sino-africaine.
Face à l'évolution de la situation internationale et aux changements qu'elle entraîne, la Chine et l'Afrique s'interrogent et réfléchissent ensemble sur l'approche à adopter pour porter leurs relations à un palier plus élevé et affronter plus efficacement les nouveaux problèmes et les nouveaux défis. Selon des idées suggérées par certains pays africains, les deux parties doivent s'adapter à la nouvelle conjoncture, établir un canal de dialogue collectif et de coopération et renforcer leur communication et leur concertation sur les questions d'intérêt commun, celles de la paix et du développement. Nous trouvons cette proposition fort judicieuse. La Chine et l'Afrique sont liées par une profonde amitié traditionnelle. En matière de maintien de la paix et de promotion du développement, les intérêts des deux parties s'identifient largement, sans aucun conflit. Nous sommes tout à fait capables, et nous en avons d'ailleurs besoin, d'engager une réflexion originale pour bâtir un cadre nouveau du développement des relations sino-africaines en perspective du siècle qui s'annonce. A cet effet, le gouvernement chinois a lancé l'initiative de tenir un Forum sur la Coopération sino-africaine --Conférence ministérielle 2000 Beijing. A notre grande joie, les pays africains l'ont immédiatement accueilli chaleureusement. Il convient de dire que l'ouverture de ce Forum reflète une volonté commune à la Chine et à l'Afrique, qu'elle témoigne avec éclat de la solidarité entre les pays en développement dans leur coopération.
Mesdames, Messieurs,
Durant ce Forum, nous avons décidé d'examiner deux question essentielles, à savoir : 1. comment promouvoir, à l'aube du 21ème siècle, l'instauration d'un nouvel ordre politique et économique international juste et rationnel, afin de défendre les intérêts communs des pays en développement ? 2. Comment renforcer, dans le nouveau contexte, la coopération sino-africaine substantielle sur les plans économique, commercial et autres? Ces deux questions, inexorablement liées entre elles, collent bien aux thèmes majeurs de notre temps que sont la paix et le développement.
A notre avis, le nouvel ordre politique et économique international doit refléter l'aspiration générale des peuples de partout et suivre le courant mondial marqué par la paix et le développement. Les Buts et Principes de la Charte des Nations Unies et de la Charte de l'Organisation de l'Unité africaine, les Cinq Principes de la Coexistence pacifique, et notamment les normes des relations internationales universellement reconnues, telles que l'égalité en droits souverains, la non-ingérence dans les affaires intérieures d'autrui et le règlement pacifique des conflits internationaux, doivent être toujours respectés et défendus, puisqu'ils restent valables de nos jours. Dans la réforme du système économique international, il faut tenir compte, autant que possible, des besoins des pays en développement et prendre en considération leurs intérêts, afin d'amener pour tous les pays du monde un développement partagé.
Nous avons la ferme conviction que la Chine et l'Afrique contribueront activement à l'instauration d'un nouvel ordre politique et économique international, en établissent, dans le cadre de la coopération Sud-Sud, un nouveau type de partenariat, en approfondissant et élargissant leur coopération dans les différents domaines conformément aux principes dits : égalité et avantages réciproques, formes diversifiées, efficacité privilégiée et développement commun.
Le gouvernement chinois va annoncer au Forum un certain nombre de mesures concrètes visant à impulser la coopération sino-africaine dans des domaines substantiels, que je cite entre autres: débloquer des fonds spéciaux destinés à encourager les entreprises chinoises à investir et à développer leurs affaires en Afrique; accroître les exportations africaines vers la Chine selon le principe de priorité sous réserve des offres pareilles, afin d'augmenter les recettes en devises des pays africains; réduire ou annuler des dettes des pays africains vis-à-vis de la Chine et soutenir un développement durable dans ces pays; créer un fonds de mise en valeur des ressources humaines en Afrique en vue de former davantage de personnes qualifiées au service de l'édification sur ce Continent, etc. Bien que ces mesures laissent encore à désirer par rapport aux besoins des pays africains, elles s'inscrivent dans le cadre de l'entraide des pays en développement et traduisent la volonté sincère de la Chine d'intensifier sa coopération avec l'Afrique sur la base de l'égalité et des avantages réciproques, afin de réaliser un développement commun.
Les positions et les vues identiques de nos deux parties figurent dans la "Déclaration de Beijing publiée à l'issue du Forum sur la Coopération sino-africaine" et le "Programme de Coopération sino-africaine sur le Développement économique et social", qui seront publiés à l'issue de notre Conférence. Je suis persuadé que ces deux documents seront adoptés sans encombre et qu'ils deviendront, pour la Chine et l'Afrique, un guide d'actions leur permettant de poursuivre sur un pied d'égalité leur coopération mutuellement avantageuse au cours du nouveau siècle.
Le Forum sur la Coopération sino-africaine est en fait un dialogue collectif bilatéral, mais également de nature multilatérale, entre la Chine et les pays africains amis. Soucieuse de recueillir aussi largement que possible les avis des différents interlocuteurs et de tenir compte des intérêts communs des parties chinoise et africaine, la Chine, en tant que pays hôte, a tenu, tout au long de la préparation de cette rencontre, à consulter sur un pied d'égalité les pays africains sous des formes et à travers des canaux multiples, toujours dans le strict respect des principes d'organisation du Forum, à savoir la démocratie et l'ouverture. Les dirigeants et les ministres des deux parties ont échangé leurs vues notamment sur les problèmes de principe au cours de leurs visites réciproques. Les chefs des Missions diplomatiques africaines accréditées en Chine ont maintenu des contacts permanents avec le Comité préparatoire chinois. La participation active des pays africains a joué un rôle constructif pour l'ouverture réussie de cette conférence.
La coopération sino-africaine, qui revêt une importance stratégique, est appelée à durer. La partie chinoise, très attentive au suivi de cette Conférence, gardera son Comité préparatoire sous le nom de Comité de Suivi du Forum sur la Coopération sino-africaine. Nous proposons à la partie africaine de mettre en place un mécanisme correspondant. Dans deux ans, la Chine et l'Afrique pourront organiser une réunion de hauts fonctionnaires pour passer en revue et examiner l'état d'application des documents de la présente Conférence, et elles discuteront en outre de la date et du lieu du prochain forum à tenir.
Avant de terminer, je souhaite un plein succès au Forum et un agréable séjour en Chine à tous nos amis.
Je vous remercie.