


De la graine au grenier à riz : l'enracinement du riz hybride chinois à Madagascar (REPORTAGE)
Source: Xinhua 2026-10-20 08:00
ANTANANARIVO, 16 octobre (Xinhua) -- A l'approche de la saison des pluies, le riziculteur malgache Jean Jacques Landry s'affaire dans sa rizière. Le labour et le nivellement des parcelles rythment ses journées, comme celles de nombreux producteurs locaux, qui préparent les semis de la prochaine campagne rizicole, prévue début novembre.
Surnommé localement le "roi du riz hybride", M. Landry vit au bord du lac Alaotra, à environ 300 km d'Antananarivo, capitale malgache. Cette zone, considérée comme l'un des principaux greniers à riz de Madagascar, occupe une place centrale dans la production rizicole du pays.
Depuis le lancement officiel, en 2007, du projet de Centre de démonstration du riz hybride à Madagascar avec l'aide de la Chine, de nombreux experts agricoles chinois se sont succédé sur la Grande Ile pour y introduire des techniques avancées de culture du riz hybride.
Aujourd'hui, le riz hybride chinois est cultivé sur une superficie cumulée de 90.000 hectares dans le pays, avec un rendement moyen d'environ 7,5 tonnes par hectare, soit deux à trois fois celui des variétés traditionnelles locales. Madagascar est ainsi devenu le pays africain possédant la plus grande superficie consacrée à la culture du riz hybride.
LE VOYAGE D'UN GRAIN DE RIZ HYBRIDE CHINOIS
La riziculture possède une longue histoire à Madagascar. Pourtant, les rendements sont longtemps restés insuffisants pour répondre aux besoins alimentaires de la population, en raison notamment de la qualité des semences, des techniques culturales traditionnelles et du manque d'infrastructures. Il y a dix-neuf ans, l'expert agricole chinois, Hu Yuefang, et ses collègues techniciens sont arrivés dans le pays avec des semences et leur savoir-faire, déterminés à aider les agriculteurs malgaches à exploiter pleinement le potentiel du riz hybride.
Compte tenu de la diversité des climats et des environnements de Madagascar, qui comprend des forêts tropicales humides, des régions semi-arides, des marécages et des sols issus de cendres volcaniques, le chemin à parcourir s'est révélé semé d'embûches. "Pour que le riz hybride puisse prendre racine ici, nous devions d'abord trouver des semences adaptées", a rappelé M. Hu.
Munis de dizaines d'échantillons soigneusement sélectionnés, M. Hu et son équipe ont entrepris une vaste campagne d'essais à travers toute l'île, d'Antsiranana, au nord, à Toliara, au sud, et de Toamasina, sur la côte est, à Morondava, sur la côte ouest. Leurs essais ont ainsi couvert les principales régions rizicoles du pays.
Après plusieurs années d'efforts minutieux, l'équipe est parvenue à sélectionner cinq variétés de riz adaptées aux conditions locales, offrant des rendements élevés ainsi qu'une bonne résistance à la sécheresse, aux inondations et à la verse. Cependant, faire accepter ces "invités venus de l'étranger" par les agriculteurs locaux s'est avéré encore plus difficile : ces derniers hésitaient à prendre le risque de consacrer leurs rizières à ces nouvelles variétés, car ces rizières constituaient leur principale source de nourriture pour toute la famille.
Pour démontrer leur efficacité, M. Hu et son équipe ont cultivé du riz hybride et une variété locale dans deux rizières adjacentes, dans des conditions et avec des pratiques culturales identiques. Les résultats ont parlé d'eux-mêmes : le riz hybride a produit deux à trois fois plus que la variété locale. Impressionnés par les épis lourds, chargés de grains, les villageois ont commencé à baptiser cette nouvelle culture "Tsarabe", une expression qui signifie "excellent" dans la langue locale.
DE L'APPRENTISSAGE A L'AUTONOMIE
"Nous devons non seulement fournir de bonnes semences, mais aussi apprendre aux agriculteurs à produire un bon riz", a expliqué M. Hu. Du semis à la production des plants, en passant par la lutte contre les ravageurs et la gestion des maladies, il a montré concrètement chaque étape du processus.
Pour surmonter les difficultés de communication, il a consacré trois ans à apprendre le malgache en autodidacte. En complément des démonstrations sur le terrain, les experts chinois organisent régulièrement des sessions mensuelles de formation théorique au centre local de formation professionnelle agricole.
Selon des statistiques non exhaustives, les experts agricoles chinois ont organisé, au fil des années, des centaines de sessions de formation sur la culture de riz hybride à Madagascar. Ils ont ainsi formé directement plus de 2.000 personnes et contribué à transmettre ces techniques, de manière indirecte, à des dizaines de milliers d'agriculteurs locaux.
A Mahitsy, une commune située à environ 35 km de la capitale, la villageoise Solomampionona Nantenaina Razafimalala cultive du riz hybride depuis 2020. Grâce à la variété et à une fertilisation modérée, ses rendements ont atteint 10 tonnes par hectare. Sa famille dispose désormais de riz toute l'année et vend ses excédents pour augmenter ses revenus, qu'elle investit progressivement dans l'achat de nouvelles rizières, de bœufs et de charrettes à bœufs.
Mbolatiana Anjarasoa Rasolonomenjanahary, une autre rizicultrice, témoigne d'une évolution similaire. Grâce au riz hybride chinois, sa récolte est passée d'environ cinq à douze sacs par rizière. "Nos vies ont véritablement changé. Nous avons acquis une précieuse expérience agricole et sommes devenus plus autonomes, capables de gérer entièrement notre production par nous-mêmes", a-t-elle confié.
Zhang Lijun, directeur exécutif de la branche africaine du Centre national chinois de recherche sur l'ingénierie et la technologie du riz hybride, a indiqué que le projet avait directement bénéficié à plus de 5.000 ménages agricoles à Madagascar, ajoutant que le revenu net moyen tiré de la culture de riz hybride dépassait 6.900 yuans (environ 1.031 dollars) par hectare, soit plus de trois fois les quelque 2.000 yuans (environ 299 dollars) par hectare générés par les variétés locales.
DE LA FILIERE RIZICOLE A "UN GRENIER A RIZ DE L'OCEAN INDIEN"
En décembre 2024, le Centre de recherche sur le riz hybride du Hunan et l'Université d'Antananarivo ont conjointement créé le laboratoire conjoint Chine-Madagascar de riz hybride, dans le cadre de l'Initiative la Ceinture et la Route. A travers la sélection variétale collaborative, les échanges de personnel, la formation et la promotion des technologies, ce partenariat vise à renforcer les capacités de Madagascar en matière de recherche et de développement dans ce domaine.
Tiana Randriamihanta, responsable malgache du projet au sein du laboratoire conjoint, a précisé que celui-ci menait des études comparatives sur les techniques culturales malgaches et chinoises afin de favoriser l'amélioration des variétés et leur adaptation aux conditions locales. Selon lui, l'installation compte actuellement sept chercheurs et se concentre sur la promotion de la recherche et de l'éducation sur le riz hybride, l'augmentation des rendements et la formation d'un plus grand nombre de professionnels techniques pour soutenir l'industrie du riz hybride à Madagascar.
Aujourd'hui, Madagascar dispose d'une filière complète du riz hybride, couvrant la sélection variétale, la production de semences, la culture, la transformation et la commercialisation. Le pays est ainsi devenu le premier pays africain à avoir atteint la commercialisation du riz hybride.
D'une simple graine à de vastes rizières fertiles, de l'assistance technique au renforcement des capacités locales, le parcours du riz hybride chinois à Madagascar constitue une illustration éloquente de l'approfondissement de la coopération agricole sino-africaine. Fin
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